Se changer pour faire changer

Pour changer les choses, il faut d’abord se changer soi-même.

Je ne veux plus regarder de vidéos : séries, films ou encore YouTube. Je sais ce que les écrans me font, ou plutôt ce qu’ils m’empêchent de faire : sans les écrans pour m’abrutir, j’aime créer, j’aime aider, j’aime partager, j’aime l’autre. Quand ces distractions faciles ne sont plus là pour combler l’ennui, le partage, que ce soit d’idées, de connaissances ou de compétences, devient mon activité préférée.

De même, je dois manger ce qui est aligné avec mes valeurs : à quoi bon parler de bien-être animal ou de local, se battre corps et âme aux élections, ou prétendre le faire, si tout ça s'efface au quotidien, quand il n'y a plus personne à élire ?

Pour moi, le fondement du changement est d'aligner qui l'on est avec ce que l'on fait. Et c'est aussi le plus important : si tout le monde s'y met, le monde change.

Le monde tel qu'il est aujourd'hui n'est que le résultat de notre imagination collective. Si nous décidons tous d'imaginer autrement, le monde suivra, peut-être doucement, le temps que les choses s'opèrent, mais inévitablement.

L’imagination au pouvoir. Slogan de Mai 68

J'aspire à être un exemple pour moi-même : cela peut paraître évident mais peu le font. Combien de personnes méprisent certains comportements qu'elles appliquent elles-mêmes ? Chaque comportement que j'ai, je dois pouvoir le considérer comme bon, juste et aligné avec mes valeurs si je vois une autre personne le faire.

Car être un exemple pour soi-même, c'est être potentiellement un exemple pour les autres, et l'être, au minimum, pour ses enfants. Changer le monde ne se fait pas sur une seule génération : ce sont nos enfants, voire nos petits-enfants, qui continueront ce que l'on a commencé. Comment alors espérer priver son enfant d'écrans si celui-ci vous voit constamment derrière un ordinateur ou un téléphone ? Comment espérer lui faire consommer mieux si on s'achète soi-même n'importe quoi ?

Une discussion récente avec mon cousin m'a interpellé : pour lui, les efforts personnels ne servent à rien, seul le vote a un réel impact sur le monde.

Un être humain privé de la faculté d’avoir un impact significatif sur le monde cesse d’exister. David Graeber

Je suis en désaccord profond avec cette affirmation. Isolément, c'est peut-être vrai : un seul individu ne pèse rien face à 7 milliards d'êtres humains. Mais raisonner ainsi, c'est oublier ce qui définit l'espèce humaine : les interactions et le partage. C'est en agissant qu'on montre une voie possible, et qu'on devient, peut-être, le domino qui fait basculer le monde.

Selon mon cousin, il faudrait juste voter en alignement avec nos rêves, mais ne pas chercher à les réaliser si notre candidat favori n'est pas élu. Il faudrait alors, en cas d'échec aux élections, retourner à sa vie sans rien changer, faire ce que la société nous dicte, pendant les 4 prochaines années. Ce serait donc ça la démocratie ? Le pouvoir au peuple ? Se condamner à suivre pendant 4 ans les directives de vie d'un état qui ne nous convient pas ?

Alors certes, s'il n'y a pas de gouvernement pour nous forcer à faire des efforts, beaucoup choisiront de ne pas en faire, et ceux qui en feront pourront se sentir floués : pourquoi me priverais-je d'avion, de voyages exotiques, alors qu'untel part quatre fois par an ? Mais raisonner ainsi, c'est condamner nos rêves.

L'effort individuel est le fondement du changement, car même si un gouvernement parvient à imposer une contrainte, celle-ci ne tiendra pas si le peuple n'est pas en accord.

Imaginons que chaque personne qui vote pour ses idéaux, mais renonce à agir en cas de défaite, décide au contraire de faire des efforts alignés avec sa vision du monde. Même si ce n'était que 10 % de la population, l'impact serait déjà énorme : ces 10 % pèseraient bien plus que les 90 % restés passifs. En agissant, ils montreraient aux autres la force de leurs convictions.

Changer sa façon d’être est bien plus puissant qu’un simple bulletin dans l’urne : le bulletin n’est pas pondéré par la conviction tandis que les actes le sont. Changer, c’est devenir un exemple en actes et en convictions. Et ce n’est pas donner des leçons, c’est simplement vivre comme on l’entend et espérer, peut-être, provoquer un déclic chez d’autres.

Mais quant à aller precher les passants, et vouloir regenter l’ignorance ou la sottise du premier venu, voilà une attitude que je condamne. Montaigne

Voter pour le changement mais ne rien changer en cas d'échec, alors qu'on sait que des changements individuels sont possibles et ont un impact, c'est voter pour sa bonne conscience, sans rien derrière. C'est s'offrir la possibilité de dire un jour à ses enfants, quand le monde coulera : “Oui, mais ton papa a voté contre, ce n'est pas de sa faute”, sans avoir rien fait pour essayer de les sauver.

L'exemple sans contrainte permet à l'autre de s'interroger et d'essayer de comprendre. C'est une approche presque opposée à celle d'un parti politique, où des contraintes seraient imposées à la population sans qu'elle ne se rende forcément compte de la raison de ses efforts. Sans compter que les partis ont beau prétendre qu'ils feront telle ou telle chose, rien n'est certain, on ne connaît pas leurs intentions réelles. Alors j'espère que ce n'est pas ça, la seule manière de changer les choses : attendre 4 ans pour voter pour un parti qui, peut-être, ne tiendra pas ses promesses.

Faire changer par l'exemple, c'est montrer une façon de faire, pas en imposer une : élire un gouvernement pour le changement, c'est restreindre les libertés par la contrainte, tandis que l'exemple ouvre une voie sans l'imposer. Chacun peut alors réfléchir, travailler sur soi et agir selon ses convictions profondes, plutôt que selon ce qu'un dirigeant juge nécessaire.

Le vote n'est qu'une illusion : il donne un sentiment de pouvoir qui, d'une part, enlève la culpabilité de certains ”Oui mais moi j'ai voté pour le bon parti, ce n'est pas ma faute si les gens sont cons” et, d'autre part, réduit l'envie d'agir ”On ne peut agir que par le vote tous les 4 ans, le reste ne compte pas”. Ce levier d'action satisfait le besoin de liberté de beaucoup : en donnant un pouvoir minime au peuple, on lui fait croire qu'il décide, alors qu'il n'en est rien.

Le vrai vote passe par se changer soi-même, pour devenir celui que nos principes nous dictent d'être : plutôt que de réclamer l'interdiction de McDo, Shein ou d'autres, choisir de ne jamais y mettre les pieds.

Se changer dans le bon sens, le sens qui est en accord avec nous, c’est résister contre les idées inverses, c’est vivre selon sa façon de vivre idéale, c’est la première étape pour que notre idéal puisse un jour espérer devenir une réalité. À l’inverse, rester passif, vivre “normalement”, comme la société actuelle tend à nous faire vivre, comme la majorité vit, c’est se dépouiller de tout pouvoir, c’est subir et n’avoir aucune force contre ou pour les extrêmes.

Se changer dans le bon sens, le sens qui est en accord avec nous, c'est résister contre les idées inverses, c'est vivre selon sa façon de vivre idéale et c'est la première étape pour que notre idéal puisse un jour devenir réalité. À l'inverse, rester passif, vivre “normalement”, comme la société actuelle nous y pousse, comme la majorité le fait, c'est se dépouiller de tout pouvoir, c'est subir et n’avoir aucune force contre ou pour les extrêmes.

Exprimer ses idées, par sa façon d'être ou tout autre moyen, c'est déplacer la société dans notre sens idéal et lutter efficacement contre les idées inverses. Se changer soi-même, c’est avoir un impact et sortir de la passivité que la société attend de nous.